Cela faisait des semaines que nous en parlions avec l’équipe de Paris Capitale de la Création. Le grand jour est enfin arrivé. Nous nous y sommes rendus comme on va à Eurodisney. Chaque matin, nous nous retrouvions devant le dôme du Palais des Sports et devant nous s’étalaient les 220.000m² de la Porte de Versailles. Près de 50 terrains de foot… et pas de foot. Que de la mode. Des vêtements, des accessoires, des bijoux, des jeunes talents, des génies confirmés, des débats, des expos… quelques jours de bonheur. Appareil photo chargé, calepin en bandoulière, téléphone à l’oreille nous étions parés. Du Who’s Next au Prêt à porter en passant par le Salon Mess Around et Eclat de Mode, récit d’une journée type…

D’abord, c’est un effet d’étourdissement. Il y a du monde. Partout. Des gens qui flânent, des gens pressés. Des fashionistas, des modeux, des curieux, des journalistes. On entend de l’anglais, de l’espagnol, du japonais, du français, un peu. On a envie de courir partout. A droite, vers ces paillettes, à gauche, en direction des ateliers. Alors, on reprend ses esprits. On sort son guide et on tente de s’organiser.
On presse le pas, comme tout le monde, des jeunes créateurs plus que prometteur, préparent un défilé au Who’s Next qui apparemment va être une explosion de couleurs sans précédent. Une belle façon de commencer cette journée. Dans l’empressement, on bouscule les sosies de Redfoo et SkyBlu. Peut-être était-ce vraiment eux ?

Le long du podium, quelques journalistes prennent des notes. Sourires ou moues dubitatives en disent déjà long sur les articles à paraître. Sur notre gauche, deux hommes en costume parlent à voix basse sans quitter le défilé des yeux. De l’anglais. A juger aux accents, l’un est Américain, l’autre Asiatique. Peut-être un contrat pour un jeune créateur.

Nous filons sans attendre au Mess Around. Au cœur du Bagstage, l’une des griffes de sac les plus en vue du moment, expose son savoir-faire. Nous restons de longues minutes hypnotisés par ses aiguilles qui dansent dans le cuir. Mais voilà qu’un ami, croisé au hasard du salon, nous signale le début d’une table ronde des nouvelles tendances. Les experts de Nelly Rodi vont partager une part de leur secret. Immanquable. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée. Mais la promiscuité est propice à l’échange. Après un exposé passionnant, nous voilà pris à palabrer avec des inconnus. Lui se révèle être un jeune créateur anglais, là, une bloggeuse, là bas, un simple curieux.

Les jambes commencent à être lourdes. Un sandwich et une boisson pour se reposer. Assis, en silence. Chacun digère ce qu’il a vu dans la matinée. Avec la digestion, nous repartons plus lentement. A flâner, nous nous arrêtons à chaque stand. Chaque artisan, créateur est un passionné. C’est à chaque fois un univers qui se dévoile à nous. On aime ou on n’aime pas, mais le sourire ne laisse pas de doute, il y a derrière chaque œuvre des heures de travail, une vie, une passion qui remonte souvent au berceau. Chaque stand est une plongée exaltante.

Le flot incessant des attachés de presse, kit main libre à l’oreille, les bras chargés de dossiers de presse, nous redonne de la vigueur. Nous voilà repartis dans les vagues des visiteurs. Sur notre gauche, nous avons à peine le temps d’apercevoir un bouchon de champagne sauter. Sans doute une belle transaction réussie. Ou une nouvelle collaboration. Peut-être une carrière qui née sous nos yeux. Il n’y a que ça ici. Des talents. Partout. Tous avec leur style. Tous unique. Et nous qui n’avons que deux yeux pour tout enregistrer. C’est trop peu. On voudrait pouvoir serrer la main de tous et dire à chacun combien leur univers est extraordinaire.
D’une oreille furtive, nous restons à écouter un débat entre deux créateurs masculin sur le meilleur tissu à utiliser. Sur la meilleure façon d’exprimer sa créativité dans un cadre technique contraignant. Et finir, par trinquer en dissertant sur l’histoire de la soie à travers les âges.

La journée finit plus tranquillement. Nous avons pris le rythme. Comme dans un musée, nous laissons nos yeux suivre nos pas et nous nous arrêtons à chaque coup de cœur. Mais, mieux qu’un musée, l’artiste est là pour vous expliquer son œuvre, ses désirs, ses peurs. Nous déambulons entre l’utopie des artistes qui ne parlent que de beauté, d’esthétique, de lignes, et le monde plus froid des professionnels du commerce qui parlent industrialisation, marché international, exportation. Et tout ça vit ensemble dans la plus parfaite harmonie. Parfois sans vraiment se comprendre, mais toujours conscient de la nécessité de s’entendre pour que la mode et la création continue de briller.

Une voix dans les hauts parleurs nous annonce la fermeture des portes. L’après-midi a filé sans que nous nous en rendions compte. Nous quittons à regret le parc des expos. Les pieds meurtris par une journée à marcher. Une vraie journée sportive. Mais nous ne pensons pas à nos pieds, nos yeux brillent encore des éclats des bijoux, nos oreilles bourdonnent des mots, des théories entendus, nos cœurs battent encore des rencontres. Des milliers de personnes qui partagent une passion commune : la création. Mais chacun avec son approche unique. Mille chemins qui se croisent le temps de quelques jours à la Porte de Versailles. Mille chemins que nous avons aussi croisés et qui déjà semblent vouloir nous porter plus loin. Qui, peut-être, veulent nous revoir. On espère en tout cas, parce que nous attendons les prochaines sessions avec impatience. On rassure en même temps notre impatience en se disant que dès Vendredi c’est au tour de Maison&Objet de nous ravir. A suivre, donc.


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